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Battleship Island : Le chef-d'œuvre spectaculaire qui a divisé et marqué le 7ᵉ art coréen

Sorti en 2017 et réalisé par le maître de l'action Ryoo Seung-wan (Veteran, Escape from Mogadishu, HUMINT), Battleship Island (군함도) demeure l'un des projets les plus ambitieux et controversés du cinéma sud-coréen. Adapté d'événements réels survenus durant la Seconde Guerre mondiale, le film revient sur le traumatisme collectif du travail forcé des Coréens sur l'île sous-marine d'Hashima (surnommée Gunhamdo ou « l'île-cuirassé » en raison de sa silhouette). Avec un budget colossal de plus de 22 milliards de won et un casting réunissant la crème des acteurs coréens, le film ne se contente pas d'être une fresque historique. C'est un thriller d'évacuation sous haute tension qui interroge la mémoire, la trahison et la survie.

Pendant l'occupation japonaise, des centaines de civils coréens musiciens, ouvriers, jeunes filles et enfants ont été déportés sur l'île d'Hashima, une cité minière ultra-industrialisée située au large de Nagasaki. Contraints de descendre à des centaines de mètres sous le niveau de la mer pour extraire du charbon dans des conditions étouffantes et mortelles, ces travailleurs ont subi des abus systématiques. Ryoo Seung-wan s'empare de ce pan douloureux de l'Histoire pour le transformer en un drame humain choral poignant.

​La force du récit repose sur la diversité de son quatuor de personnages principaux, chacun représentant une facette de la condition humaine face à l'oppression.

​Lee Kang-ok (Hwang Jung-min), un chef d'orchestre opportuniste et veule qui cherche uniquement à protéger sa jeune fille, Sohee (Kim Su-an). Son arc narratif apporte une touche d'humanité et de tendresse.

​Choi Chil-sung (So Ji-sub), un truand séoulite au grand cœur qui impose sa loi par la force physique avant de devenir un pilier de la résistance.

Myeon-an (Lee Jung-hyun), une femme courageuse et résiliente, victime de la traite, qui symbolise la dignité des femmes coréennes durant cette période.

​Park Moo-young (Song Joong-ki), un agent d'élite du mouvement d'indépendance infiltré pour secourir un leader politique, apportant la dimension tactique et héroïque au récit.

​Sur le plan formel, Battleship Island est une démonstration de force cinématographique. La reconstitution de l'île sur un plateau de tournage géant offre un réalisme saisissant. Ruelles sombres, puits de mine claustrophobiques et béton omniprésent. La mise en scène dynamique de Ryoo Seung-wan excelle dans les scènes d'action de grande envergure, culminant dans un troisième acte d'évasion spectaculaire où la pyrotechnie, les mouvements de foule et la tension dramatique atteignent un niveau d'intensité rare.

​Si le film est un chef-d'œuvre visuel et émotionnel, il n'a pas échappé aux critiques lors de sa sortie.

​La prestation vischérale du casting (notamment Hwang Jung-min et la jeune Kim Su-an), la bande originale immersive et la capacité à traiter de la collaboration interne coréenne sans tomber dans le manichéisme simpliste.

​La volonté de concilier la vérité historique brute avec les codes du blockbuster hollywoodien d'évasion a parfois été perçue comme un choix risqué, altérant la gravité documentaire au profit du pur divertissement.

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Battleship Island s'impose comme une œuvre majeure et incontournable du cinéma coréen contemporain. En choisissant d'éclairer l'enfer d'Hashima par le prisme du grand spectacle, Ryoo Seung-wan a réussi le pari de transmettre une page d'histoire poignante à un large public international. Plus qu'un simple film de guerre ou d'action, c'est un hommage vibrant à la résilience et à la dignité de ceux qui ont lutté pour leur liberté dans les heures les plus sombres du XXᵉ siècle.

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