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Dogani : Retour sur le chef-d’œuvre engagé de Hwang Dong-hyuk

 

Le cinéma sud-coréen est réputé pour sa noirceur et sa capacité à sonder l’âme humaine, mais rares sont les œuvres qui ont eu un impact sociétal aussi immédiat et profond que Dogani. Réalisé par Hwang Dong-hyuk (qui connaîtra plus tard un succès mondial avec Squid Game), ce long-métrage s'inspire de faits réels glaçants survenus dans une école pour enfants sourds au début des années 2000. À mi-chemin entre le drame judiciaire et le thriller psychologique, le film ne se contente pas de raconter une tragédie, il confronte le spectateur à la corruption systémique et à l'indifférence d'une société face à l'innocence bafouée. En levant le voile sur des crimes restés impunis, Dogani a provoqué une véritable onde de choc, prouvant que l'art peut parfois devenir un moteur de changement législatif radical.


Un professeur d'art arrive dans une école spécialisée à Gwangju et découvre que les élèves sont victimes de violences physiques et sexuelles de la part du personnel administratif.

Notamment Gong Yoo, qui a lui-même porté le projet après avoir lu le roman original pendant son service militaire.

La réussite de Silenced tient à un équilibre précaire, montrer l'horreur sans tomber dans le voyeurisme, tout en rendant le combat pour la justice viscéral. Ce défi a été relevé grâce à des interprétations d'une intensité rare.


Avant ce film, Gong Yoo était surtout perçu comme une idole de comédies romantiques (Coffee Prince). Dans le rôle de Kang In-ho, il opère une transformation radicale.

Il incarne un père veuf, fragile et étouffé par les dettes, qui ne cherche pas à être un héros. Sa force réside dans son regard. On y lit d'abord la confusion, puis l'horreur absolue, et enfin une détermination froide. Gong Yoo joue tout en subtilité, laissant transparaître la douleur d'un homme qui réalise que son silence serait une seconde trahison pour ces enfants. C’est lui qui a d'ailleurs poussé pour que le film soit produit, et cet engagement personnel transpire dans chaque scène.


Interprétant Seo Yoo-jin, une militante pour les droits de l’homme, Jung Yu-mi apporte l'énergie nécessaire pour contrebalancer la noirceur du récit.

Elle évite le piège du personnage "cliché" de l'activiste. Elle apporte une humanité et une chaleur essentielle au film. Son personnage est le moteur moral de l'histoire, celle qui refuse les compromis là où le système tente de corrompre In-ho. Son duo avec Gong Yoo fonctionne parfaitement, créant un rempart de décence face à la corruption environnante.


C’est sans doute l’aspect le plus impressionnant et le plus délicat du film. Les jeunes acteurs (Kim Hyun-soo, Jung In-seo et Baek Seung-hwan) livrent des performances qui laissent le spectateur sans voix.

Jouer le traumatisme, la surdité et la peur sans pouvoir compter sur la parole est un exercice d'une difficulté extrême. Leur capacité à transmettre la terreur pure par l'expression corporelle et la langue des signes est bouleversante. La production a d'ailleurs été très encadrée par des psychologues pour protéger ces jeunes acteurs de la dureté des scènes qu'ils simulaient.


Il est impossible de parler de la distribution sans mentionner Jang Gwang, qui joue les rôles gumeaux du directeur et de l'intendant.

Il est terrifiant. Son interprétation est si convaincante qu'il a raconté plus tard dans des interviews que même sa propre famille avait eu du mal à le regarder après la sortie du film. Il incarne une perversion banale, celle de l'autorité qui se croit intouchable, rendant ses crimes encore plus révoltants par son calme olympien.


Suite au succès massif du film (plus de 4 millions d'entrées), l'affaire a été rouverte et le Parlement coréen a voté la "Loi Dogani", supprimant le délai de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs et personnes handicapées.


En conclusion, Dogani est une expérience cinématographique éprouvante, mais essentielle. Ce n'est pas un film que l'on regarde pour se divertir, mais pour se souvenir et s'indigner. Par la force de sa mise en scène et la justesse de ses interprétations, il parvient à donner une voix à ceux que la société préférait ne pas entendre. Plus de dix ans après sa sortie, il reste le témoignage puissant d'un cinéma de combat, rappelant que si le silence est souvent complice, la vérité, une fois mise en lumière, possède un pouvoir de guérison et de justice indéniable.


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